DPE 2027 : nouvelle baisse du coefficient à 1,7 — vendre maintenant ou attendre à Bernay ? Publié le 23 juillet 2026 • Temps de lecture : 9 minutes • Catégorie : Réglementation immobilière
L'essentiel à retenir
- Nouvelle baisse programmée : le coefficient de conversion de l'électricité dans le DPE passerait de 1,9 à 1,7 au 1er janvier 2027, selon un projet d'arrêté en consultation publique jusqu'au 6 août 2026.
- 300 000 à 500 000 logements F/G chauffés à l'électricité pourraient gagner une classe énergétique sans le moindre travaux, dont 125 000 dans le parc locatif privé.
- Cumulé avec la réforme de janvier 2026, cela représente une baisse de 26 % de la consommation affichée au DPE pour les logements tout-électrique en seulement deux ans.
- Arbitrage stratégique pour les propriétaires de Bernay : vendre maintenant, ou attendre janvier 2027 pour bénéficier d'une meilleure étiquette et potentiellement d'un meilleur prix ?
- Vigilance : le Syndicat des diagnostiqueurs (SIDIANE) alerte sur le risque de perte de confiance dans le DPE après cette deuxième révision en deux ans.
Un coefficient qui n'en finit plus de baisser
Retour rapide sur un chiffre technique qui structure toute l'évaluation énergétique des logements français : le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire. Ce paramètre traduit la quantité d'énergie nécessaire pour produire, transporter et distribuer un kilowattheure d'électricité arrivant à votre prise. Plus il est élevé, plus votre consommation « pèse » dans le calcul du DPE.
Historique en quatre étapes :
- Des années 1970 jusqu'en 2021 : 2,58.
- 2022 : 2,3.
- 1er janvier 2026 : 1,9 (première réforme majeure, cf. notre article du 8 juin 2026 sur la sortie de 850 000 logements du statut de passoire).
- 1er janvier 2027 (envisagé) : 1,7.
Ce plafond de 1,7 n'est pas un choix arbitraire : c'est le plancher fixé par la réglementation européenne. La France ne peut donc pas descendre en dessous sans une modification préalable du cadre communautaire. Le gouvernement a d'ailleurs indiqué vouloir, à terme, rapprocher le coefficient de l'électricité de celui du gaz et du fioul (fixé à 1), ce qui supposerait un travail diplomatique à Bruxelles.
Les faits : ce que dit le projet d'arrêté
Le ministère de la Transition écologique a mis en consultation publique, du 9 juillet au 6 août 2026, un projet d'arrêté abaissant le coefficient à 1,7. Le Conseil supérieur de l'énergie l'a examiné le 23 juillet 2026. Sauf revirement politique, l'arrêté devrait être publié à l'automne pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2027.
Le motif est cette fois inscrit noir sur blanc dans le texte : le ministère assume vouloir « soutenir l'électrification des usages dans le secteur du bâtiment », en cohérence avec l'axe 1 du Plan Électrification annoncé au printemps par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Objectif national : un million de pompes à chaleur installées d'ici 2030.
Pour un logement dont tous les usages sont électriques (chauffage, eau chaude, ventilation, éclairage, climatisation), le passage de 1,9 à 1,7 réduit mécaniquement de 10,5 % la consommation conventionnelle en énergie primaire. Cumulé avec la première réforme (2,3 → 1,9), cela représente une baisse de 26 % en deux ans.
Combien de logements concernés ?
Les projections officielles ne sont pas encore finalisées, mais les premières estimations donnent une idée de l'ampleur du reclassement :
- 300 000 à 500 000 logements F ou G chauffés à l'électricité pourraient gagner au moins une classe.
- 125 000 logements du parc locatif privé sortiraient du statut de passoire thermique.
- 300 000 logements en résidence principale ne seraient plus classés F ou G.
- Au total, 2 à 4 millions de logements tout-électrique verraient leur consommation conventionnelle diminuer suffisamment pour gagner ou approcher une classe supérieure.
Pour rappel, la précédente réforme (2,3 → 1,9) avait fait sortir près de 800 000 logements du statut de passoire thermique. La nouvelle vague de 2027 s'ajouterait donc à ce mouvement de fond.
Pour Bernay et son bassin, un impact significatif
Le bassin de Bernay est particulièrement concerné par cette réforme. En zone rurale et semi-rurale de l'Eure, le chauffage électrique reste très répandu — souvent hérité des années 1970-1990 quand l'électrification massive était encouragée. Nombre de maisons individuelles anciennes de notre secteur combinent :
- Convecteurs électriques ou panneaux rayonnants d'origine.
- Chauffe-eau électrique classique.
- Isolation partielle ou insuffisante.
- Menuiseries d'époque.
Résultat : un DPE souvent classé E, F ou G en dépit d'un chauffage 100 % électrique. La réforme de 2026 avait déjà reclassé plusieurs biens de notre secteur. Celle de 2027 amplifiera le phénomène, ce qui aura des conséquences concrètes sur la valorisation, la location et la stratégie de rénovation des propriétaires locaux.
Vendre maintenant ou attendre 2027 ? L'arbitrage à poser
C'est la question stratégique du moment pour tout propriétaire d'un bien F ou G chauffé à l'électricité. Deux logiques s'affrontent.
Argument pour vendre maintenant : le marché ne connaît pas encore le reclassement. Votre bien est aujourd'hui classé F ou G, mais aux yeux d'acheteurs bien informés, le potentiel de reclassement au 1er janvier 2027 est une valeur cachée. Vous pouvez donc négocier sur la base de l'étiquette actuelle tout en cédant le bénéfice fiscal et réglementaire du futur reclassement. Autre facteur : les taux d'emprunt sont actuellement stables (autour de 3,20 %, voir notre article du 22 juin sur la résilience du marché du crédit), ce qui soutient la demande.
Argument pour attendre 2027 : si vous attendez le 1er janvier, votre bien sortira mécaniquement du statut de passoire (ou gagnera au moins une classe). Concrètement, la décote actuelle de 5 à 20 % appliquée aux passoires disparaît, l'accès au crédit pour vos acheteurs se fluidifie, et votre bien redevient éligible au dispositif Jeanbrun élargi (voir notre article du 24 juin sur l'investissement locatif post-Pinel). En termes de prix de vente, l'écart peut se chiffrer en dizaines de milliers d'euros.
Notre lecture : l'attente peut être payante mais ne l'est pas systématiquement. Trois facteurs à intégrer dans votre réflexion :
- Le marché anticipera-t-il le reclassement avant janvier 2027 ? Probablement oui pour les biens vendus par des professionnels avertis à des acheteurs informés — auquel cas la décote actuelle se réduira progressivement d'ici la fin de l'année.
- Votre situation personnelle (urgence de vente, mutation professionnelle, succession) prime toujours sur l'arbitrage fiscal.
- Le coût d'opportunité de l'attente : 6 mois de portage supplémentaire, c'est aussi 6 mois de charges (taxe foncière, entretien, éventuels loyers non perçus).
Notre équipe se tient à votre disposition pour une estimation actualisée intégrant le potentiel de reclassement et un accompagnement personnalisé sur cet arbitrage.
Pour les acquéreurs : une fenêtre d'opportunité qui va se refermer
L'autre face de la médaille intéresse les acheteurs : les biens F ou G chauffés à l'électricité subissent aujourd'hui une décote significative (5 à 20 % selon les zones), une difficulté d'accès au crédit et parfois une exclusion pure et simple des offres bancaires. Si vous êtes acquéreur, cette décote peut être une opportunité — à condition de tabler sur le reclassement de janvier 2027.
Mais attention : cette fenêtre va se refermer. À mesure que la date de reclassement approche, le marché va progressivement intégrer l'information, la décote se réduire, et la concurrence sur ces biens s'intensifier. Les investisseurs les plus informés se positionnent probablement dès à présent.
Combiné avec le PTZ 2026 élargi et le dispositif Jeanbrun (voir nos articles précédents), un achat en 2026 d'une passoire électrique reclassée en 2027 peut représenter un montage particulièrement attractif pour un primo-accédant ou un investisseur.
Modalités pratiques : pas besoin de refaire son DPE
Bonne nouvelle procédurale : comme pour la réforme de 2026, les propriétaires disposant d'un DPE valide n'auront pas à refaire un diagnostic. Une attestation de changement d'étiquette pourra être téléchargée gratuitement sur le site de l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME, sans nouvelle visite du diagnostiqueur.
Précision utile : votre DPE actuel reste valable 10 ans à compter de sa date de réalisation (pour les DPE établis après juillet 2021). Vous n'avez donc aucune obligation légale de le refaire. En revanche, si vous vendez ou louez après le 1er janvier 2027, veillez à télécharger l'attestation de reclassement pour ne pas afficher une étiquette obsolète.
Les critiques : le DPE devient-il moins fiable ?
Toutes les voix ne saluent pas cette nouvelle réforme. Le SIDIANE (Syndicat interprofessionnel du diagnostic immobilier), premier syndicat du secteur, a exprimé publiquement ses réserves. Sa crainte : que ces modifications successives, un an seulement après la précédente, compromettent la crédibilité du DPE aux yeux du grand public.
Argument central : un logement qui gagne une classe DPE sans le moindre travaux reste physiquement le même. Sa consommation réelle n'a pas changé. Sa facture de chauffage non plus. Seule la note évolue, ce qui peut brouiller la lecture pour les acquéreurs et locataires qui ne comprendraient pas pourquoi deux logements identiques ont des étiquettes différentes selon leur date de diagnostic.
Cette critique mérite d'être entendue. Elle rappelle que l'étiquette DPE n'est pas la performance réelle du logement : un bien reclassé de F à E par arrêté restera un bien mal isolé, aux factures élevées et au confort thermique perfectible. Pour un investissement immobilier de long terme, la performance réelle prime toujours sur l'étiquette administrative.
En synthèse
La réforme du DPE de janvier 2027 va bouleverser la valorisation de centaines de milliers de biens en France, et particulièrement dans les zones où le chauffage électrique domine, comme le bassin de Bernay. Elle constitue une opportunité claire pour les acheteurs et un arbitrage stratégique pour les vendeurs.
Notre conseil : ne prenez pas de décision précipitée. Ni pour vendre en catastrophe avant que le marché n'intègre l'information, ni pour attendre 2027 sans avoir analysé votre situation personnelle. Un accompagnement professionnel avec estimation double (avant/après reclassement) permet de poser l'arbitrage sur des chiffres concrets, pas sur des impressions.
Notre agence se tient à votre disposition pour cette analyse personnalisée. Nous continuerons de suivre les évolutions du dossier (publication définitive de l'arrêté, éventuels ajustements du texte, montée en charge de la communication ministérielle) et publierons un point d'étape dès que l'arrêté sera officiellement publié au Journal officiel.